mercredi 5 mai 2010

Pourquoi j'ai toujours envie d'écrire …?

Pourquoi j'ai toujours envie d'écrire …?

Parce que j'ai envie de vous faire partager notre aventure, bien sûr, mais pas seulement !

Parce que sur le bateau, on a le temps de PENSER, tellement, tellement, tellement ! Qu'il faut que ça sorte !!

par écrit, sur mon précieux petit carnet que Sabine a eu le flair de m'offrir avant de partir, ou en longues palabres avec jm...

Appel à bouquins

Appel à bouquins : help !

Ma réserve s'épuise : à raison de 6 heures de quart en moyenne par nuit, de 15 pages par heure (ce n'est pas beaucoup mais il faut aussi recharger la lampe de poche toutes les 4 pages, faire un tour d'horizon et zieuter les instruments, se dégourdir les jambes, se rouler une clope, faire pipi …), bref, j'avale environ un bouquin tous les 4 ou 5 jours !

Sauf celui de Jean Philippe qui est aux chiottes, réservé à mes 20 mn de lecture quotidienne à raison de 2 pages par opération, car dans cette position du penseur, ces pensées philosophiques engendrent de nombreuses réflexions sur le sens de ma vie ! (« Faut il donner un sens à la vie » de Jean Philippe PIERRON édition Milan, boîte à outils philo)

Non, pour la nuit, il me faut des trucs faciles à lire, accrochant, qui tiennent éveillé quoi ! J'ai fini les Millenium, relu les Vargas, Gavalda et Benacquista, et j'attaque les aventures de Boro

D'ailleurs, quand il y a trop de houle ou trop de vent, la lecture devient impossible ; c'est là qu'une petite émission de Daniel Mermet dans les oreilles, ça serait top ! As tu pu avancer, Maude, sur l'enregistrement des postcastées ?

30 avril

Praia, c'est la capitale du Cap Vert, 85000 habitants, c'est le premier port quand on arrive du sud, la seule baie abritée, et sur les photos qu'on avait en main (c'est vrai qu'elles ont 10 ans), ça paraissait joli … on est un peu déçu : la vieille ville est toujours sur son plateau, mais elle s'est étendue sur tout le côté ouest, il y a des constructions, du béton, des grues, des routes, des véhicules … et de l'autre côté, c'est le port de commerce …
Évidemment, on est les seuls plaisanciers. On décide d'y passer quand même la journée, pour se reposer, faire sécher draps et matelas et cuisiner (fries beak aux anchois, pain de maïs, et papaye verte aux pts oignons, miam !).
Dans l'après midi, arrivent Fabrice, sa femme et leur fille sur un gros voilier de 14 mètres : ils nous proposent de nous emmener faire les formalités policières et douanières (ils ont une grosse annexe suspendue à l'arrière du bateau, alors que nous, on ne l'avait pas encore ni sortie ni gonflée …). C'est ainsi que va naître une rencontre trop rapide (ils repartent dès le lendemain), mais super intéressante : Fabrice navigue depuis 25 ans, 13 ans sur un voilier comme Thorsson, et depuis 12 ans sur leur gros bateau plus confort. Ils sont de la Trinité, mais se disent « nomades » : en effet, ils ne vivent que de ses revenus de « guérisseur » ; il pratique aisément partout où ils s'arrêtent, par exemple, ils viennent de passer 4 mois sur le fleuve Casamance du Sénégal. Leur fille étudie avec le CNED. Ils sont plutôt adeptes des pays froids (Norvège, Islande), leur bateau est équipé d'un poêle à bois, mais là, ils s'apprêtent à traverser pour les Antilles, car ça fait 20 ans qu'il n'y est pas retourné.

Le pauvre, on l'a un peu croulé sous nos questions, mais il était super cool, rassurant, « faites vos expériences, prenez le temps, ne cherchez pas à être trop indépendants, les rencontres sont les plus importantes... »

Là où il nous a un peu déstabilisés, c'est quand il nous a démontré l'idiotie de remonter en France pour bricoler le bateau, alors que ça serait plus simple de le faire aux Antilles : on y est en 15 jours au portant, alors qu'on va mettre plus d'un mois pour remonter, puis redescendre …

oui, mais nous, on a des copains ... à voir, à faire avec, à emmerder, à balader …

c'est vrai que les leurs sont comme eux des nomades qu'ils croisent au hasard, ils ne voient leurs familles qu'en période d'hivernage, à quai, et surtout, ils ne veulent plus jamais se donner des rdv impossibles à tenir...


samedi 1er mai

je ne sais comment c'est arrivé, mais les muscles de mon dos ont décidé de faire grève en cette journée de fête du travail, et je me retrouve coincée avec ma ceinture dès le matin …

petit coup de blues : on n'avait pas prévu de rester ici, mais plutôt de rejoindre Fabrice and co à Tarafal, au nord de l'île …

je me fous sous la couette, mais jm fait tourner Graeme Alwrigh en boucle, et, tout en chantonnant, m'apporte une petite eau de vie de poire à faire sécher les larmes d'un croco !

à 15 heures, il se fait embarquer (c'est le cas de le dire) par une bande de jeunes déjà bien éméchés pour un punch-pic-nique sur l'île à la ruine (ph 61) ; il revient un peu titubant, aspergé de tâches de vin et des épines plein les pieds ! un peu dépité aussi : c'est trop dur de se comprendre (ni français, ni anglais !), et le punch, c'est un rhum pas bon avec du sucre !




dimanche 2 : je me traîne, jm n'arrête pas de dire que ça n'est pas grave, il en profite pour faire plein de réparations et d'entretien (graissage des fermetures des hublots, répar du winch de l'ancre, installation d'un régulateur de vent, approfondissement des modes d'emploi de tous les instruments nautiques …)

lundi 3 : idem ; j'arrive quand même à faire une confiture avec les 10 gros citrons/oranges de l'arbre à ludo ; jm a qq signes bizarres genre frissons, mal au ventre, fourmis dans les jambes … à suivre, le feuilleton des éclopés !

Mardi 4 mai : expédition au centre de la vieille ville ; c'est rigolo, j'ai l'impression d'être à Cuba (comme je me l'imagine !!). y'a de la musique sympa, des gens noirs, marrons ou blancs, un marché couvert comme à Mada avec plein de fruits et légumes, et un cybercafé avec bière fraiche et connexion internet !! (et j'ai ma clef usb, et j'ai les codes du blog !)






On prévoit de s'approvisionner encore en eau, gaz et nescafé demain, et on repart pour les Canaries dès que Météo ok

c'est dommage, je crois que prendre les îles du Cap Vert comme étape de réapprovisionnement, repos et fichiers grib, c'est vraiment du gachis ! Il faudra qu'on revienne !!



@+

21 avril

On est donc parti de Burey town le mercredi 21 avril à 10 heures le matin.

Les premiers jours furent tranquilles au niveau météo avec peu de vent mais pas de vagues, donc de gentils bords de près ; ce fut pourtant tendu car on a perdu un masque de plongée, un chapeau, un rapala et 300 mètres de fil de pêche dans la foulée … pour une fois, j'étais d'accord avec lui : « il n'avait pas de chance ! »

Le vendredi 23 aurait pu auguré un renversement de cette situation : il pêcha un thon !

Mais pas pour moi …

Nuit d'épouvante : mon premier orage !

« calme plat avant l'orage » : ce même jour à 22 heures devant l'entrée d'un port guinéen, jm se décide à mettre le moteur (et moi les boules quiès) pour recharger les batteries et surtout pour être manœuvrant avec tous ces petits chalutiers autour de nous (j'en ai compté 15 à un moment !)

à minuit, je prends mon quart, un vent arrière s'établit à 5nds, on arrête le moteur, jm descend se coucher...

tiens, la lune me fait des clins d'oeil ? ou ce sont mes yeux qui clignent ? Ha, non, ce sont de tout petits éclairs, dont on ne voit pas les zébrures, mais qui font des flashs réguliers dans la nuit …

une demi heure plus tard :

jm, réveille toi, le vent forçit !


Super !


oui, mais il est passé de 5 à 15 nds en quelques minutes !

Jm remonte et observe l'espèce de nuage filandreux, horizontal et noir derrière nous : rien à voir avec le genre d'enclume qui peut éjecter les deltistes dans le cosmos, mais par précaution, on échange génois contre trinquette.

En plus, le vent s'établit entre 15 et 18 nds et nous pousse au 320, exactement notre direction, il n'y a pas de houle et la lune nous éclaire.

Jm reste avec moi pour suivre l'évolution car ça monte, ça monte tout doucement … il aimerait bien que ça redescende un coup pour prendre des ris, mais en même temps, le ciel ne lui apparaît pas si orageux que ça …

Pour moi, tout me semble menaçant, le noir, le bruit, la vitesse … bien que petit à petit, je sophrologise et je m'habitue... Il en profite pour m'expliquer les risques :

de partir au lof : le bateau en a marre et malgré le pilote, se couche et se met face au vent ; j'ai déjà vu maude et élo se faire éjecter de leur 420 dans ce cas, mais il m'assure que ça ne peut pas nous arriver (j'agrippe un bout qui traîne par là quand même)

ou un empannage non contrôlé : « si la trinquette passe, tu baisses la tête »

3 minutes plus tard, ça y est, on y est, c'est le coup du lof ! Je n'ai rien eu le temps de voir, sauf que maintenant, il y a encore plus de bruits : des claquements, des hurlements, des sifflements, des bip bip du pilote désorienté … et dans cet enfer, jm qui veut en profiter pour prendre les ris !! Il me crie de m'assoir en haut des marches, et de ne plus bouger … Vu comme tout mon corps tremble de froid et de peur, je crois que je n'aurais pas pu faire grand chose … J'avoue que son sang froid me stupéfie !

La grand voile ainsi diminuée, on repart vent arrière « c'est plus cool, non ? » hum, hum...

20 nds avec des claques à 24, et ça va durer jusqu'à 6 heures du mat' !!

Répit de quelques heures, jm s'effondre, puis on aura entre 13 et 17 nds, au près, sans interruption pour tout le restant du voyage...




J'ai un peu l'impression qu'on fait des quarts de jour comme de nuit : quand l'un dort, l'autre est sur le pont … on se croise le temps d'un petit manger/toilette pendant lequel on met le bateau plat.

Les anecdotes de ces 5 journées :

par deux fois j'ai été réveillée par la douche froide d'une vague passant à travers mon hublot (ça n'aide pas à être de bonne humeur ...),

on a vu des globicéphales, espèce de gros dauphins mous à qui l'on aurait coupé le nez , on a eu la visite d'un petit oiseau, pas peureux du tout, qui a passé la journée à essayer de rentrer à l'intérieur du bateau, un moment sur mon épaule, puis sur le pouce de jm, et qui s'est finalement enfoui sous un sweat-shirt à la nuit ...au petit matin, il était mort … ?? on en était tout décontenancé ...c'est donc vrai que les oiseaux se cachent pour mourir ?

Au final, on passe la dernière nuit à faire exprès de ne pas avancer pour arriver vers 7 heures du mat' le vendredi 30 avril au port de Praia, sur l'île de Sao Tiago : on a encore les lumières des phares pour se repérer, et plus on s'approche, plus on a la lumière du jour pour éviter les paquebots et les pêcheurs qui traînent par là, et choisir tranquillement notre mouillage.

Réponse à la question du jour dernier


Réponse à la question de l'autre jour : du beurre ! Enfin, bon, pas celui que l'on trouve chez Pif&Tartine ...

petits chapitres, petites réflexions

J'ai horreur des blogs qui n'avancent pas …. mais je vous assure qu'ici, c'est vraiment difficile pour moi, d'être à la fois :
dans un lieu avec connexion internet, (c'est l'Afrique !)
avec la clef usb nécessaire dans la poche (c'est Alsaïmer !)
et avec les codes et mots de passe du blog !!… (c'est moi et l'informatique ...)


Petits chapitres, petites réflexions


Nos petits soucis de blancs
moi : je souffre beaucoup de la chaleur (ici, même les nuits ne sont pas rafraîchissantes) ; je n'ai jamais autant suer de ma vie, j'ai très vite mal à la tête si j'oublie de boire ou de me couvrir la tête, et j'ai les pieds gonflés en fin de journée … j'ai des petits boutons qui poussent de partout ; les cheveux et les ongles poussent deux fois plus vite ici (climat chaud et humide, comme les plantes vertes !), et donc les poils noirs de mémé sur le menton aussi, et les racines blanches du hénné … wahou la sorcière ! Moustiques, araignées ou fourmis, je suis toujours la seule à me faire piquer ...



Jm : il est carrément marron foncé, même du torse, et il a perdu quelques bourrelets ; au niveau tignasse et barbasse, il ressemble de plus en plus à Pifou ; mais, il est tout furonculé ! trois « bols » (comme ils disent ici) sur le devant de la jambe gauche (tibia, rotule et cuisse) qu'il a bien voulu traiter aux antibiotiques quand ça a commencé à l'empêcher de marcher …





Cathy :
effectivement, les gens du village t'ont donné un nom africain : « Djilo », en référence à « a big sister, a strong woman » mais je n'ai pas pu en savoir plus, tu nous raconteras ?
Beaucoup m'ont confondu avec toi, à cause des cheveux, mais comme dit Levi, ils n'ont pas vu que « mama is tall, and cathy is short » (pas grave, tu le sais bien que « tu es la dernière à savoir qu'il pleut », comme disait mon cousin christian)



Des nouvelles de Ludo :
comme il le dit lui même, sa vie à Burey commence à être un petit peu trop réglée comme du papier à musique :
il se lève tôt à la fraîche pour faire le jardinier : arroser, ôter les mauvaises herbes, arracher de vieilles racines, refaire les clôtures, déplacer le composte, bruler les feuilles sèches, chasser les chiens ou les poulets, défricher son terrain, ramasser les oranges-citrons de son arbre ...
quand je ne suis pas là, il fait vaisselle et balayage de la maison (à cause du sable, il faut le faire tous les jours !)
il filtre l'eau bouillie de la veille, se refait un petit café, grignote un bout de pain
ensuite, il s'occupe plutôt de la construction de sa future « cuisine », premier bungalow (en terre et en paille) qui sera réalisé sur son terrain (ils appellent ça une cuisine, mais j'ai plutôt l'impression que ce sera un bar !...) : soit il en prévoit le budget et les matériaux nécessaires avec Levi, soit il dessine des plans, soit il travaille avec Braïma et Siaka à planter les piquets, et surtout, à tenter de faire que ce qu'il a dessiné ressemble à ce qui se construit !...
vers 15 heures, il s'attaque à la préparation du repas, et en fonction des ingrédients qu'il a sous la main, il essaye de varier de l'éternel « casava leaves, riz et poisson séché » en apportant sa touche perso plus asiatique (gingembre, sauce aigre-douce, dalmate ...)
toute la journée, il gère tous les gens ou les enfants qui passent : pour dire bonjour, pour demander un outil, pour montrer un bobo, pour jouer aux moto-car, pour chercher Levi …
pour finir avant la tombée de la nuit, c'est douche, hamac et pétard bouquin, paré pour les discussions jusqu'à point d'heure …
Aller à Waterloo toutes les semaines et à Freetown tous les mois ne l'amuse plus, il commence à lui trotter l'envie d'aller se balader un peu à l'intérieur du pays, ou même simplement de grimper sur la montagne derrière le village, ou d'accompagner Braïma la prochaine fois qu'il ira rendre visite à sa famille dans son village natal …
Il compte rester ici encore pendant les premiers mois de la saison des pluies, mais prendre son sac à dos et remonter tranquillement, en passant par Ziguinchor, pour être en France en aout. Rendez-vous chez Pif&Tartine, mon Ludo !

Quelques mots criots rigolos :
wat i n'apen ? Qu'est qui se passe ?
Take a piss, take a poop : faire pipi, faire caca
a nine-bone : une sardine (neuf arrêtes par bouchée)
exclamations utilisées par tous et continuellement (dorénavant imprimées dans le langage même français de Cathy, on les reconnaît bien) :
éééééh bo ! Qui marque la surprise et la compassion
ah haan ! Qui marque l'intéressement de celui qui écoute, et invite à l'approfondissement
obadia : c'est là bas
small small : doucement, un peu
beaucoup beaucoup : …....!!!!!

L'incohérent, l'absurde, l'irrationnel africain :
vu de mes yeux vu : sur la route, à un moment, il y a un « sheck point », càd une cahute en bord de route avec deux ou trois flics assis sur des bancs, et tenant une ficelle reliée à un piquet de l'autre côté, qui fait barrage ; effectivement, chaque fois qu'on passe, elle est tendue, donc le chauffeur s'arrête juste devant, attend, et au bout d'un moment, le douanier lâche la ficelle, on repart en roulant dessus. C'est tout juste s'il nous regarde vaguement de loin et il ne se déplace jamais.
Alors le plus drôle, c'est quand on est plus de 8 dans le taxi : le chauffeur s'arrête 10 mètres avant la ficelle, ceux qui étaient sur le rebord des fenêtres, dans le coffre ou sur le toit descendent, passent le sheck point à pied, devant la cahute, et se réinstallent dans le taxi qui les attend 10 mètres après ; et tout ceci au vu et au su des flics ! C'est toujours comme ça, ça ne les étonne pas, ça ne les dérange pas, et ça me fait rire ! (y'en a que ça énerve …)

Lors d'une discussion avec Braïma :
à un moment, silence … pour l'ambiance, je ferais remarquer que les discussions, c'est souvent le soir, sur la terrasse, on est dans le noir et on se distingue à peine (la bougie ne tient pas, se faisant souffler par le vent), et que les silences ne sont pas gênants comme chez nous, il y en a souvent, on en profite, on est bien, chacun est dans sa tête et personne n'essaye à tous prix de combler ces instants particuliers ; si on peut reprocher aux africains leur incapacité à prévoir, planifier dans l'avenir, j'affirme par contre, que ce sont les pros du moment présent ;
et donc, à un moment, Braïma reprend en disant : « vous avez vraiment un problème avec l'anglais » … d'une façon très compatissante qui sous-entendait : « je ne croyais pas cela possible à ce point, mes pauvres ... » !! moi qui trouvais justement qu'on s'en sortait pas si mal ! Quelle rigolade !

Idées de prénoms africains (pour ceux qui en auraient besoin …)
pour les filles : kona, mamayo, safi, moussou
pour les garçons : potoni, moussa, siaka, bami, adé
je n'ai pas mis tous les salomon, moïses, maria, theresa, samuel, david, adama, osmann, ibraïm … ni les mariama, charlie, ben, mathilda, nancyni, margrett, william, tommy qui nous rappellent tous quelque chose.

Questions incongrues :
are you happy in your life ?
la seule fois où j'ai insisté (on peut être lourd au début …), mariama qui me regardait sans répondre depuis un moment, a fini par me dire : « soit tu as des problèmes, soit tu n'en as pas. »
Ça ne se pose pas... peut être que le bonheur n'est pas une notion entendue, vu que tu n'as pas beaucoup de choix de vie …

do you like it ? (about food)
évidemment, c'est toujours oui ! déjà parce que tu manges pour te nourrir, ou alors, si c'est un truc inhabituel que tu leur fais gouter (pain d'épice, pâte d'amande ...) , c'est oui pour ne pas être désobligeant !




Notions de propriété :
une coconut trouvée par terre appartient au premier qui la trouve
il faut demander au proprio du palmier avant de les prendre sur l'arbre
si tu achètes un terrain sur lequel il y a un palmier, celui ci ne t'appartient pas
si tu as besoin de le couper pour construire ta maison, tu peux, mais pas avant d'avoir donner toutes les coconuts au proprio du palmier …
ha, et sinon, une chose que je ne savais pas : aucun des palmiers sur la plage n'est sauvage : ils ont tous été planté et ont chacun un propriétaire.(ph43)



Nous et Braïma :
il se dit « non éduqué », mais il a l'intelligence des gens curieux (et la patience de chercher à nous comprendre !) ; il aime être avec nous, il est content d'apprendre la pêche à jm et happy to learn sailing on the boat
l'échange s'est fait par des suites de comparaisons sur des choses simples de la vie quotidienne : la cuisson du poisson, les plantes cultivées dans son village natal, la consommation de la ganja … puis petit à petit, on a abordé le mariage, l'amitié, l'argent, la pollution, la corruption …
c'est avec lui que j'ai mangé mon premier barracuda , tout frais pêché sur thorsson lors de nos 2 dernières journées de navigation autour des banana islands en guise d'adieu.
c'était vraiment chouette … et on était tous les trois très émus quand on a largué définitivement les amarres et qu'il est remonté dans sa pirogue ...



Un aperçu de nos repas :
plantains frits  (petites bananes noires peu sucrées qu'on mange salées)
casava leaves (feuilles de manioc avec poisson séché et riz)
lobster  (langoustes et riz à sauce huile de palme et tomate)

question du jour : mais qu'y a t il dans ce petit sachet plastique que jm m'apporte comme une précieuse offrande un petit matin ?










Ce qui m'a manqué le plus :
- mon heure de lecture au lit avant de dormir
- au bout d'un mois de consommation d'un plat unique journalier salé, j'ai fait des rêves de café liégeois et pâtisseries marocaines !
Bon, donc pas si grave que ça, en fait !



La veille de notre départ, la Sierra Léone m'offre mon premier véritable coucher de soleil … Habituellement, le soleil s'enfuit discrètement au travers de la brume qui stagne au dessus de l'horizon.



Mercis et adieux à Levi et Ludo … 























Départ pour le Cap Vert le mercredi 21 avril à 10 heures.

mardi 4 mai 2010

10 avril


Difficile avec nos cerveaux ramollis par la canicule, 
d'être à la fois dans un lieu avec connexion internet, 
avec la clef usb nécessaire dans sa poche …

j'ai déjà entendu dire que « les africains étaient feignants » … venez vivre à Bureytown par exemple ! Avec jm, on se force à avoir au moins une activité énergique par jour, la chaleur est telle que tout demande un effort … faut les voir, eux, hommes, femmes et enfants, abattre quotidiennement des travaux... surhumains !
Les hommes effectuent tous travaux de construction, et il y en a partout, maisons en moellons, en terre rouge, réfection des toits en paille ou en tôles … sacs de ciment à dos d'hommes, échafaudages en bois, très peu d'outils à part l'omniprésente machette …
Ce sont des pêcheurs, donc ils fabriquent aussi leurs bateaux (en planches) ou leurs pirogues (en tronc creusé).
J'ai pensé à toi, Tommy, quand j'ai vu le forage du puits … pas un engin mécanique à la ronde ! Et pourtant, un cylindre aux parois lisses et verticales, de 12 mètres de profondeur pour l'instant, avec un feu au fond, pour faire éclater les roches noires ; les roches rouges cassent à la pioche, et ont été remontées au seau … sous un soleil de plomb, les trois ouvriers s'échangaient les places : celui au fond, couvert de boue rouge, remplissait les seaux, et ceux en haut : celui qui treuillait les seaux, et celui qui les vidait. Quel courage et quelle témérité ! (et je n'ai pas osé demander le montant du salaire …)
Les femmes et les enfants, dès le matin, 6 heures, balaient autour des maisons : avec des balayettes de 30 cm de branchage, donc en position jambes tendues, fesses en l'air, dos plat et horizontal ! Aïe aïe les ischios !! ensuite, c'est l'heure du caca entre les rochers de marée basse (pareil, un coin hommes, un coin femmes) ; puis, c'est la corvée water-side : frotter le linge en position accroupie pendant une heure, se laver en bavassant et en rigolant avec les copines, et ramener un bidon de 20 litres d'eau sur la tête (aïe les cervicales) ; après, le timming est différent suivant les évènements et les familles, mais il faut aller chercher du bois ou du charbon pour allumer le coal-pot, et préparer à manger, pilonner le mil, vider les poissons, cuire le riz et les feuilles de manioc … il y a la sieste aussi, aux pires heures de soleil au zénith, je les ai vues allongées parfois dans le sable, à l'ombre, la tête sur un tronc d'arbre ! …
Les enfants ne vont pas à l'école pour l'instant, vacances ou réfection de toiture ?, en tous cas, ils jouent aussi, j'ai assisté à des courses à pied sur la plage (pendant que nous, on dégouline de sueur rien qu'à attendre le bateau des pêcheurs, pour leur acheter une sardine de 50 cm de long), et ils cueillent les mangues, c'est la saison ! (on en mange au moins quatre par jour !)
Je finirais cette fois ci sur Joséphine, qui est d'ailleurs bonne runner, car quel plaisir de la voir aujourd'hui transformée, riante, jouant avec les autres, venant nous retrouver sur la terrasse pour parler et dessiner …!




Le 2 avril au matin ...

Le 2 avril au matin, « poisson d'avril » ! à notre réveil, la Navy ancrée juste devant nous !
Ils viennent de Freetown, et courent après le « trawler » qui tourne dans le coin (c'est un espèce de chalutier chinois qui racle le fond pour pêcher et qui n'hésite pas à s'approcher trop près des côtes, dans des zones normalement interdites). Ils vérifient nos passeports, sont rassurés de voir que jm avait un visa lors de son premier séjour, nous conseillent d'aller faire de même pour moi, mais comprennent bien qu'il faut qu'on attende d'avoir le bon vent pour pouvoir y aller... Dans l'ensemble, ils sont scotchés quand tu leurs dis que tu viens de France avec ce voilier, et surtout contents et fiers que la Sierra Léone soit le premier pays africain abordé (à part Dakar, « where I catch my wife at the aerport » … - where you collect your wife, no ?)



Enfin, voir des pantalons kakis nous décident à déménager, et trois petites heures later, on contourne Maron Island pour entrer dans la baie de Burey Town ; Braïma reconnaît de suite le bateau et nous accueille en nous rejoignant avec sa pirogue de pêcheur ; je vois Levi, Ludo et les pickins qui courent nous attendre sur la plage ; je vois la maison de Cathy, ça y est, en vrai … pas le temps à la larmoyotte, faut ancrer, réfléchir à ce qu'on emmène, écouter les émouvants « I'm so happy, you come back » de Braïma …
 Levi nous avait préparé un riz-poisson qu'on mange tous ensemble à même la gamelle sur la terrasse, Ludo nous fait rapidement visiter, on a à peine le temps de discuter et … la nuit tombe !
Quelle nuit ! Ma première nuit dans le lit de Cathy, je m'en rappellerais ! Déjà, jm parti avec la bougie, je me cogne dans la maison pour trouver le chiotte (comment on fait pour l'évacuation ? Est ce qu'on peut y jeter le PQ ?...) quand enfin je m'allonge sur le matelas à ressorts qui rebondit au moindre mouvement (!), le sel sur mon corps, le sable sur le drap, et surtout le bruit des vagues, du vent, des branches qui tombent, de la pluie qui grêle sur les tôles du toit, les cris dans le village, tout ce vacarme m'assaille … je n'arrive pas à me détendre, je pense à Cathy (comment fait-elle ?!!!), et surtout j'imagine le bateau luttant tout seul contre ces éléments dehors … va-t-il tenir ? Jm avait -il senti l'orage de cette nuit au moment de l'ancrer ?
Bon, apparemment, j'ai un peu déliré, ce n'était pas vraiment une tempête et Thorsson est sagement accroché devant nous au matin …

La maison de Cathy : pas de doute possible, on sait qu'on est chez elle, tout transpire sa personnalité et ses décos vont si bien avec l'art brut et simple de la construction et de l'ameublement minimum : les calebasses pendues dans les macramés, les poteries, les plantes en pot, les statuettes et les tentures africaines, les murs peints, quelques dessins d'enfants, des photos, des poutres recouvertes de bouquins … et sa terrasse accueillante où tout le monde passe dire bonjour « a di bodi ? - fine, and you ? - fine, you're wellcome »







En tous cas, pour un endroit paisible, on n'a pas choisi les bons jours : ce long week-end de Pâques est le dernier avant la saison des pluies, 5000 personnes (les outings = des gens de Freetown qui viennent sur la plage pour le we) sont attendues : une radio locale organise des concerts, et c'est le branlebas de combat dans le village. Les uns grimpent sur les cocotiers pour faire tomber les palmes qui serviront de « barrières » délimitant le village, les autres cueillent des mangues par douzaine pour les vendre (Moussou en a collecté 40 douzaines !), les autres construisent des estrades pour la cérémonie religieuse, les autres des bungalows pour faire buvette ou zones d'ombre, Levi prépare le générateur pour faire du froid et vendre des boissons fraîches, nettoie le bungalow pour le louer, Ludo range tout objet tentant (portable, outils, vêtements) et garde un œil depuis la terrasse pour surveiller les mouvements de ces « étrangers », les femmes et fillettes se font des coiffures délirantes avec de la laine, des perles, des perruques de cheveux lisses et colorés fluos (wach, ça, c'est moche) et sortent leur joli boubou...





Au milieu de tout ça, on arrive quand même à aller tôt samedi matin à Waterloo, un village situé à 28 bornes pour faire quelques emplettes au marché ; 10 km en moto-taxi (à 3 et sans casque !) pour rejoindre d'abord Tombo, puis taxi pour les 18 km restant, à 8 dans la voiture sans amortisseurs, où l'on coupe le contact dans les descentes, à l'africaine, quoi !

Grand marché, foule dense et criante, chaleur rapidement intenable, mais c'est beau ! plein de corbeilles de graines, lentilles, haricots, riz, farines, et semoules de toutes sortes ... peu de légumes : racines ou feuilles de manioc, patates douces, oignons, (j'ai vu 3 aubergines rabougries) ; en fruits, plantains, bananes, plein de mangues et quelques ananas ; le coin des poissons séchés (il faut rajouter l'odeur pour l'ambiance) ; le coin des baraques quincaillerie avec vaisselle émaillée, bassines et seaux plastiques, gamelles en alu recyclé (dommage qu'il n'y ait pas de place sur le bateau, j'adore !)… et le coin des baraques produits emballés (huiles, concentré de tomates, vache qui rit, lait en poudre, savons, mayonnaise, bouillons-cub ….)

youhou !! j'ai aussi repéré des femmes qui portent sur leur tête des piles de tissus magnifiques !

Évidemment, jm m'a fait gouté à toutes les pâtisseries qu'il avait déjà repéré : sablés, brioches, triangles au sésame, trucs aux cacahouètes … c'est fou comme il est à l'aise avec eux, il marchande tranquille, fait semblant de leur piquer un truc, il les fait rigoler … les femmes, elles adorent !!
Bon, pour l'instant, on a acheté un minimum basique, nos sacs sont déjà lourds, on reviendra mardi avec Ludo.
Dimanche, l'action de la journée a été de laver notre linge au water-side. Mode d'emploi :
tout d'abord, remonter le village avec salutations de convenance à chaque maison, les gens sont dehors et t'interpellent « hey, john-marc ! It's your wife ? » et ils rigolent quand tu leur expliques que tu ne peux pas porter la bassine de linge sur la tête …
à 500 mètres plus haut, sur le site même, ombragé, petite rivière entre gros cailloux ronds et gris, il y a l'endroit pour puiser l'eau potable (tout en haut), puis le côté des hommes (qui viennent se laver) et celui des femmes (juste en dessous), pour se laver et laver le linge ; pas de démarcation particulière, ils s'interpellent même parfois entre eux tout en se lavant, il n'y a aucune gêne, mais jm ne peut venir m'aider du côté des femmes ; elles me proposent donc une place sur un rocher sur lequel je m'accroupis, je me débrouille tant bien que mal à frotter nos T-Shirts en utilisant un minimum de lessive … et elles rigolent « it's not the way ! » ou me proposent de faire à ma place, mais quand je les vois frapper leur linge avec leur battoir, ou racler énergiquement le rocher, je me dis qu'il ne resterait pas grand chose du T-Shirt si j'acceptais ! Et pi je préfère les faire rigoler ! On se comprend difficilement, mais il y en a toujours une qui me traduit en anglais, ou avec des gestes !
Pendant ce temps, jm va remplir les bidons d'eau potable, on recharge dans la bassine et retour ….
ouf ! Heureusement qu'il y des arbres qui font de l'ombre, des gens à qui parler un peu, la construction d'un puits vers l'école à inspecter, un minibus coincé dans une ornière à observer … pour faire des haltes et se reposer un peu !!

Lundi, ballade matinale le long de la grande plage ; un moment pour prendre le temps de se remplir de la beauté du lieu et pour prendre conscience de comme on est bien ici… Après-midi sur le bateau, pour vérifier les amarres, pour faire un pain d'épices (il n'y a pas de four chez Cathy), pour échapper un peu aux boum-boum des sonos sur la plage, et pour vous raconter tout ça !

Paradisiaque, non ?



Il y a quand même des questionnements …
Que faire quand on rencontre Joséphine, un bidon de 15 litres sur la tête, les jambes aussi maigres que ses bras, et surtout, un visage triste, so sad … elle vit chez son père, mais n'a apparemment plus le droit de venir nous voir chez Cathy …
Que penser quand Moussou m'apporte une douzaine de mangues ? Est ce un début de remboursement de ce que lui a prêté jm la dernière fois ?
Que faire face à leurs demandes incessantes, exprimées ouvertement ou non, « mon bateau a chaviré hier et il s'est cassé contre les rochers » pour Adé, « mon père est malade » pour Bami, « un rapala et une ligne » pour Samuel …..
Quelle valeur peut avoir notre amitié quand Bami ne revient pas nous rendre le rapala prêté ?

Et aussi :




see you soon !