vendredi 4 juin 2010

Imaginez un shaker


Comment raconter ces douze journées-nuits ?
Imaginez un shaker, voyez, le truc pour mélanger les alcools ; ben, voilà, c'est la première image qui me vient ...
Parce qu'après tout, que ce soit penché, pffou ! on s'en fout ! Surtout qu'on est resté sur le même bord pendant 7 jours, on s'habitue ! Mais se faire valdinguer, cogner, éjecter, passer son temps à s'agripper, se tenir et se retenir... je ne vois pas où est le plaisir, faudra que vous m'expliquiez ça, les voileux …
 Tu te retrouves enfermé dans un espace petit, avec un plancher à 45°, dans lequel tu t'accroches à tous les éléments ; dehors, pratiquement impossible de circuler, et vagues qui t'aspergent complet toutes les 5 minutes, et qui font mine de t'embarquer !
Rien que sortir la tête en haut des escaliers (pour vérifier voiles, instruments et horizon, et ceci, toutes les 30 mn), c'est toute une expédition : enfiler son ciré, les fesses en appui sur la table, les 2 jambes écartées avec une main qui tient la cloison, puis jeter le corps en avant pour que les mains tentent de chopper les montants de l'escalier, puis grimper en crabe les pieds calés dans les angles avec les mains qui te hissent par le haut et la tête qui se contorsionne pour passer sous le panneau coulissant, puis poser les coudes, s'appuyer dessus pour assoir les fesses sur la dernière marche et extraire le haut du corps à l'extérieur en priant pour qu'il n'y ait pas de vague juste à ce moment là …
Bon, je ne vais pas vous le refaire, mais c'est le même genre pour aller aux wc, car pas question d'aller dehors !
Idem, oubliée notre jolie cabine avec oreillers et couette, on dort chacun son tour sur la banquette du carré, c'est à peine si on enlève le ciré !
À force d'être bousculé et malmené en tous sens, c'est si fatigant que finalement, le mieux est de rester couché le plus souvent possible ! (on épuise notre stock de lectures ...)
Bon, j'exagère, il y a tout de même tous les jours un répit : à 11h30, la sacro-sainte météo marine sur RFI qui nécessite une mise à la cap (génois installé à l'envers et gv larguée pour tenter de ralentir et de mettre à plat), un arrêt total de tout instrument électrique (frigo, pilote, éolienne …) sinon ça scrouitche et on comprend pas la dame. Donc jm passe à la barre, et en profite d'ailleurs pour jeter ses lignes de pêche, moi j'enregistre, et pendant qu'il réécoute, dessine et réfléchit aux évolutions, je prépare des choses à manger, très rudimentaires (riz, semoule, pâtes ou lentilles).
Ça vous réjouirait, vous, comme programme ?
C'est un peu noir ce que je raconte, il y en a eu des « si j'avais su, j'aurai pas v'nu » ...mais il faut se rappeler que je suis partie avec ma ceinture lombaire encore bien nécessaire, donc pas très souple la dame pour jouer au shaker, et il faut savoir que dès les premiers jours, j'ai fait moi aussi ma crise de palud au milieu de tout ça ! Fièvre, maux de tête et vertiges qui se rajoutent … stop !
Comment a fait mon caton pour assurer tout ça ? Aujourd'hui, je me l'demande …
Ce qui l'a désappointé, lui, c'est qu'on n'a pas eu l'évolution météo qu'il espérait pour les derniers jours, c'est qu'il n'a pêché aucun poisson, c'est qu'on n'a vu aucun dauphin, ni baleine, ni oiseaux …
Tous seuls, avec du vent, des vagues et du près …
ha, si, quand même, il faut dire merci aussi à Monsieur Pilote ! Car je n'ose imaginer la même situation sans lui …
 « Terre ! » (dans ces moments-là, tu comprends mieux Christophe Colomb ...)
Comme d'habitude, on arrive trop tôt en vue de la Gomera le dimanche 23 mai, on zigue et zague devant pour repérer la petite crique salvatrice qui va accueillir notre repos bien mérité : la cala Negra. …

Samedi 8 mai





Samedi 8 mai, 8 heures, départ de Praia ( Ilheu Santiago), direction les Canaries, avec étape à Mindelho à 160 miles ( Ilheu Sao Vicente), LE port des plaisanciers au départ pour les Antilles.

On nous avait prévenu : beaucoup de vent entre les îles … donc c'est chaud, 25 nds au près, mais on sort du goulet, et jm joue avec le régulateur d'allure qu'il vient d'installer et régler : le pilote suit l'angle du vent par rapport au bateau et non plus un cap ; ça l'amuse et ils pensent à ses 420lasereuropistes : - « j'aimerais bien faire un entraînement pour savoir s'ils sentent toutes les variations qu'indique cet engin ».
On fait les quarts de la nuit entre les îles du sud et du nord, une petite pétole baignade-manger en début d'après midi (miam la salade tomates-concombres-poivrons-feta du cap vert !), puis on passe devant Sao Nicolau, Raso, Branco, Santa Lucia et enfin Sao Vicente ; toutes ces îles nous paraissent désertiques, arides et inabordables, un peu austères mais magnifiquement belles ; pour l'anecdote, sur l'île Raso (se prononce razou), il y a une pointe qui s'appelle Pinta de testa Lisa, pointe de la tête à la Lisa, mais ce n'est qu'un gros rocher dont la silhouette ne me rappelle rien de ma fifille (ni rien d'un footballeur d'ailleurs) !




 On arrive de nuit devant le port de Mindelho, et comme les phares ne fonctionnent pas tous, et qu'on ne connait pas les lieux, et qu'on est sérieux, jm fait des zig et des zag devant pour attendre le lever du soleil .


Un peu surprenant au début : des bouts de quai non terminés, des gros navires tout rouillés ancrés au milieu, des épaves à fleur de l'eau, et, en paysage de fond, des cylindres, des cuves, des tuyaux … mais plus on s'avance, et plus on découvre cet endroit si pittoresque : sur la gauche, une marina toute clinquante, neuve, avec des pontons … presque vides !, et à droite devant la plage et au mouillage, de nombreux voiliers ! On apprendra par la suite que la marina est tenue par un européen qui fait payer très cher, mais qui, du coup, subit un espèce de « boycott » …
On s'installe donc au mouillage, on petit-déjeune avec un gateau coco-birthday de circonstance (10 mai !) et on traînasse toute la journée pour s'imprégner de l'ambiance
Le lendemain, un petit coup d'annexe jusqu'à la plage où José se propose de suite de nous la garder pendant qu'on fait les formalités, les ultimes courses et le fichier météo à l'alliance française (c'est d'ailleurs très choquant d'entendre en ce lieu parler français avec accent parisien, méprisant et dénigrant la vie ici …). On ne déambulera que dans 3 ou 4 rues, mais le charme afro-portugais de cette petite ville opère toujours …
mardi 11 mai à 15 heures, départ de Mindelho pour les Canaries, 12 jours de près à force 20 nds de moyenne en perspective … suite au prochain numéro...












Zoologie :
je me demande quelle est la vie d'une seiche ? On ne voit toujours que son squelette flottant sur la mer...
les poissons volants : pendant 6 secondes (comptez, c'est long), ils survolent les vagues : à quoi ça leur sert ? Ils jouent, ils échappent à un prédateur, ou ils prennent l'air ?

mercredi 5 mai 2010

Pourquoi j'ai toujours envie d'écrire …?

Pourquoi j'ai toujours envie d'écrire …?

Parce que j'ai envie de vous faire partager notre aventure, bien sûr, mais pas seulement !

Parce que sur le bateau, on a le temps de PENSER, tellement, tellement, tellement ! Qu'il faut que ça sorte !!

par écrit, sur mon précieux petit carnet que Sabine a eu le flair de m'offrir avant de partir, ou en longues palabres avec jm...