vendredi 4 juin 2010

23 et 24 mai


23 et 24 mai
Arrivée aux îles Canaries sur la Cala de la Negra de l'île Gomera !(ph 0,1,2,3)
Une journée comme Adam et Eve dans une crique paradisiaque !
Sauf que ouch ! L'eau est froide ici ! Et ce vent de nord-est aussi ! Ha, on n'est plus en Afrique !
A cause du sable noir, l'eau est d'un bleu ! Le ressac sur la plage fait un bruit de grelots avec les galets ; des galets noirs et gris comme dans le Clévieux à Samoëns ; certains aussi sont de couleur rouille, avec des petits trous comme une éponge ; de chaque côté de la plage, la mer a creusé des grottes et des baignoires naturelles dans les falaises ; elles se remplissent à marée haute, l'eau chauffe au soleil et je partage ces endroits magiques avec pleins de crabes rouges et violets pour quelques ablutions ! Dans le bateau, j'apprécie le calme retrouvé, et je mets la radio locale pour me remémorer les bribes de mon espagnol scolaire ...

Une journée pêche en remontant vers le nord le long de la côte, jusqu'à un tout petit port de pêcheurs situé au bout de la célèbre Valle Gran Rey ; faire un demi tour dans le port, apercevoir un pépé qui nettoient sa multitude de poissons dans sa barque, alors que nous, on ne prend toujours rien !... 



On redescend tout au sud de l'île au Port de Santiago, où l'on mouille juste sous un hôtel 4*, pour y passer la nuit, et pour vous envoyer juste un petit message « bien arrivés aux Canaries ! » avec une connexion trop faible pour en dire plus.




Tôt le matin de ce 25 mai, une bonne coupe de cheveux pour jm qui commence à se dire que si on ne lui répond que bien peu quand il dit bonjour, ça doit être parce qu'il fait peur : ses longues mèches jaunes lui font ressembler à bozo le clown sur le devant, mais s'enroulent en dread derrière et font des chignons et des catons bizarres ! Je tranche dans le lard en pensant à Nanou !

Bref, on repart en longeant côte ouest jusqu'au port de San Sebastian …
Pour ma première fois, on entre vraiment dans une marina ! Bon déjà, on se rend compte qu'on a loupé le chenal une fois accosté au ponton des visiteurs … mais, nada grave, le monsieur du port me prend par les épaules, me parle et me parle, trop vite, heureusement avec des gestes, pour me montrer la place qui nous est attribuée tout au fond à droite. Et là encore, deux personnes sympa nous attendent pour nous aider à amarrer le bateau ; l'un d'eux est un pépé qui vit ici sur son bateau, et qui prend le temps de nous expliquer les risques de thermiques, leurs effets et leur sens etc...
Poser le pied sur le ponton me fait encore plus d'effet que sur les plages précédemment ! Ça y est, j'y suis ! Je l'ai fait ! J'en suis toute ébobée, à tel point que je me fais rappeler à l'ordre « t'as trouvé le dernier parebattage ?! ».
 Une fois le bateau bien accroché, on laisse tout en plan, et on se rue presque dans la ville : j'ai envie de marcher, de voir des gens, des maisons, des boutiques, des arbres, de sentir l'odeur de la terre ferme ! Et là, surprise ! On titube presque comme deux alcooliques (c'est l'effet mal de mer inversé !), on a l'impression que les gens sont étranges, on découvre tout comme si c'était une première fois … on est comme des extra-terrestres débarquant sur un lieu inconnu ! J'avais envie de leur dire : « je suis là, et si vous saviez comme j'en ai chié pour y arriver, c'est super d'être là, vous en rendez vous compte ? savez vous que vous avez des voisins africains pas loin qui ont une vie vraiment moins cool pendant qu'on est là ? »
 On est là, et comme des gamins, on en profite : on rentre dans la première épicerie et on s'achète tout ce qui nous fait plaisir, sans réfléchir : du chocolat, des bières, du chorizo et de la confiture de dattes locaux !
Miercoles, Jueves y Viernes ... on restera presque 4 jours dans cette petite ville que je trouve super jolie : ils ont réussi à garder une architecture locale et colorée, non dépareillée par des tours d'appartements touristiques, rien n'est trop clinquant, il y a plein d'arbres et de palmiers, des enfants à la sortie des écoles, et des papis mamies aux terrasses des cafés ... c'est une ville qui vit même sans les touristes ; on dirait qu'ils ont plutôt l'habitude de recevoir des allemands, tout est traduit en anglais et allemand, jamais en français ; mais ce n'est pas encore la saison, c'est très tranquille.
 La première nuit dans le bateau, je mettrais longtemps à m'endormir : pas de roulis bien sûr, mais surtout aucun bruit ! ni flic floc sur la coque, ni ding ding des drisses contre les mats, ni grincement des amarres, ni musique ou animation de la ville, incroyable !
On est resté 4 jours parce qu'on n'a pas chômé sur le bateau : on a profité de l'eau pour tout rincer, les boutes, les cirés, les housses, pour faire des grosses lessives, pour nettoyer l'intérieur et pour remplir les réserves ; on a profité de l'électricité du ponton pour tondre la barbe de jm, pour utiliser des outils (réparations électriques encore) ; on a profité de ne pas avoir à ramer en annexe pour aller se ravitailler en bouffe, et on a profité d'internet pour vous entendre sur skype !
S'il n'y avait pas eu tout ce boulot de fait, je ne sais pas si j'aurai eu droit à mes petites ballades quotidiennes en ville ! Jm m'accompagne mais grommèle quand même « c'est cher, c'est comme chez nous, c'est pour les touristes, et gnagnagna », donc pas question pour l'instant de louer une voiture pour aller plus loin à l'intérieur de l'île … pourtant, j'ai l'impression que le parc national, ça doit être pas mal (on ira avec les FlOl !). Bon, j'ai réussi à le coincer de temps en temps devant une Dorada, la bière locale super bonne, et à l'emmener dans un petit resto le dernier soir pour goûter les fameuses sauces canariennes : les mojos, la rouge au piment et la verte à la coriandre fraîche, sur du poisson frit et des papas vapeur, préparés devant nous par la femme de Victor à la « pension Victor ».
 Mon espagnol revient finalement assez bien quand il s'agit de demander des renseignements, de lire sur les étiquettes des emballages, de dire hola, gracias y hasta luego, mais on n'a pas eu l'occasion d'avoir une vraie discussion avec quelqu'un, alors …? jm dit que ça lui manque vraiment, mais comment faire ? Ici ce n'est pas l'Afrique, les gens ne viennent pas à toi, alors comment aller vers eux ? Et au fait, en avait-on vraiment envie ? Parfois, je me dis que tous les deux, on est encore un peu dans une bulle, dans la joie de se retrouver, de faire les choses même quotidiennes ensemble, et ça ne nous aide pas pour l'instant à être très ouvert aux autres ... c'est si bien qu'on verra plus tard, non ?





Imaginez un shaker


Comment raconter ces douze journées-nuits ?
Imaginez un shaker, voyez, le truc pour mélanger les alcools ; ben, voilà, c'est la première image qui me vient ...
Parce qu'après tout, que ce soit penché, pffou ! on s'en fout ! Surtout qu'on est resté sur le même bord pendant 7 jours, on s'habitue ! Mais se faire valdinguer, cogner, éjecter, passer son temps à s'agripper, se tenir et se retenir... je ne vois pas où est le plaisir, faudra que vous m'expliquiez ça, les voileux …
 Tu te retrouves enfermé dans un espace petit, avec un plancher à 45°, dans lequel tu t'accroches à tous les éléments ; dehors, pratiquement impossible de circuler, et vagues qui t'aspergent complet toutes les 5 minutes, et qui font mine de t'embarquer !
Rien que sortir la tête en haut des escaliers (pour vérifier voiles, instruments et horizon, et ceci, toutes les 30 mn), c'est toute une expédition : enfiler son ciré, les fesses en appui sur la table, les 2 jambes écartées avec une main qui tient la cloison, puis jeter le corps en avant pour que les mains tentent de chopper les montants de l'escalier, puis grimper en crabe les pieds calés dans les angles avec les mains qui te hissent par le haut et la tête qui se contorsionne pour passer sous le panneau coulissant, puis poser les coudes, s'appuyer dessus pour assoir les fesses sur la dernière marche et extraire le haut du corps à l'extérieur en priant pour qu'il n'y ait pas de vague juste à ce moment là …
Bon, je ne vais pas vous le refaire, mais c'est le même genre pour aller aux wc, car pas question d'aller dehors !
Idem, oubliée notre jolie cabine avec oreillers et couette, on dort chacun son tour sur la banquette du carré, c'est à peine si on enlève le ciré !
À force d'être bousculé et malmené en tous sens, c'est si fatigant que finalement, le mieux est de rester couché le plus souvent possible ! (on épuise notre stock de lectures ...)
Bon, j'exagère, il y a tout de même tous les jours un répit : à 11h30, la sacro-sainte météo marine sur RFI qui nécessite une mise à la cap (génois installé à l'envers et gv larguée pour tenter de ralentir et de mettre à plat), un arrêt total de tout instrument électrique (frigo, pilote, éolienne …) sinon ça scrouitche et on comprend pas la dame. Donc jm passe à la barre, et en profite d'ailleurs pour jeter ses lignes de pêche, moi j'enregistre, et pendant qu'il réécoute, dessine et réfléchit aux évolutions, je prépare des choses à manger, très rudimentaires (riz, semoule, pâtes ou lentilles).
Ça vous réjouirait, vous, comme programme ?
C'est un peu noir ce que je raconte, il y en a eu des « si j'avais su, j'aurai pas v'nu » ...mais il faut se rappeler que je suis partie avec ma ceinture lombaire encore bien nécessaire, donc pas très souple la dame pour jouer au shaker, et il faut savoir que dès les premiers jours, j'ai fait moi aussi ma crise de palud au milieu de tout ça ! Fièvre, maux de tête et vertiges qui se rajoutent … stop !
Comment a fait mon caton pour assurer tout ça ? Aujourd'hui, je me l'demande …
Ce qui l'a désappointé, lui, c'est qu'on n'a pas eu l'évolution météo qu'il espérait pour les derniers jours, c'est qu'il n'a pêché aucun poisson, c'est qu'on n'a vu aucun dauphin, ni baleine, ni oiseaux …
Tous seuls, avec du vent, des vagues et du près …
ha, si, quand même, il faut dire merci aussi à Monsieur Pilote ! Car je n'ose imaginer la même situation sans lui …
 « Terre ! » (dans ces moments-là, tu comprends mieux Christophe Colomb ...)
Comme d'habitude, on arrive trop tôt en vue de la Gomera le dimanche 23 mai, on zigue et zague devant pour repérer la petite crique salvatrice qui va accueillir notre repos bien mérité : la cala Negra. …

Samedi 8 mai





Samedi 8 mai, 8 heures, départ de Praia ( Ilheu Santiago), direction les Canaries, avec étape à Mindelho à 160 miles ( Ilheu Sao Vicente), LE port des plaisanciers au départ pour les Antilles.

On nous avait prévenu : beaucoup de vent entre les îles … donc c'est chaud, 25 nds au près, mais on sort du goulet, et jm joue avec le régulateur d'allure qu'il vient d'installer et régler : le pilote suit l'angle du vent par rapport au bateau et non plus un cap ; ça l'amuse et ils pensent à ses 420lasereuropistes : - « j'aimerais bien faire un entraînement pour savoir s'ils sentent toutes les variations qu'indique cet engin ».
On fait les quarts de la nuit entre les îles du sud et du nord, une petite pétole baignade-manger en début d'après midi (miam la salade tomates-concombres-poivrons-feta du cap vert !), puis on passe devant Sao Nicolau, Raso, Branco, Santa Lucia et enfin Sao Vicente ; toutes ces îles nous paraissent désertiques, arides et inabordables, un peu austères mais magnifiquement belles ; pour l'anecdote, sur l'île Raso (se prononce razou), il y a une pointe qui s'appelle Pinta de testa Lisa, pointe de la tête à la Lisa, mais ce n'est qu'un gros rocher dont la silhouette ne me rappelle rien de ma fifille (ni rien d'un footballeur d'ailleurs) !




 On arrive de nuit devant le port de Mindelho, et comme les phares ne fonctionnent pas tous, et qu'on ne connait pas les lieux, et qu'on est sérieux, jm fait des zig et des zag devant pour attendre le lever du soleil .


Un peu surprenant au début : des bouts de quai non terminés, des gros navires tout rouillés ancrés au milieu, des épaves à fleur de l'eau, et, en paysage de fond, des cylindres, des cuves, des tuyaux … mais plus on s'avance, et plus on découvre cet endroit si pittoresque : sur la gauche, une marina toute clinquante, neuve, avec des pontons … presque vides !, et à droite devant la plage et au mouillage, de nombreux voiliers ! On apprendra par la suite que la marina est tenue par un européen qui fait payer très cher, mais qui, du coup, subit un espèce de « boycott » …
On s'installe donc au mouillage, on petit-déjeune avec un gateau coco-birthday de circonstance (10 mai !) et on traînasse toute la journée pour s'imprégner de l'ambiance
Le lendemain, un petit coup d'annexe jusqu'à la plage où José se propose de suite de nous la garder pendant qu'on fait les formalités, les ultimes courses et le fichier météo à l'alliance française (c'est d'ailleurs très choquant d'entendre en ce lieu parler français avec accent parisien, méprisant et dénigrant la vie ici …). On ne déambulera que dans 3 ou 4 rues, mais le charme afro-portugais de cette petite ville opère toujours …
mardi 11 mai à 15 heures, départ de Mindelho pour les Canaries, 12 jours de près à force 20 nds de moyenne en perspective … suite au prochain numéro...












Zoologie :
je me demande quelle est la vie d'une seiche ? On ne voit toujours que son squelette flottant sur la mer...
les poissons volants : pendant 6 secondes (comptez, c'est long), ils survolent les vagues : à quoi ça leur sert ? Ils jouent, ils échappent à un prédateur, ou ils prennent l'air ?