dimanche 20 juin 2010

31 mai


Y'a l'blog qui bloque, qui beugue, ou bien ?
C'est normal, c'est parce que j'en suis à la scène que tout le monde attendait … alors il m'a fallu un temps pour décider (je raconte ou je raconte pas ?), et finalement un peu de recul pour vous la faire rigolote !!
Donc le 31 mai, on profite d'un vent de sud pour remonter la côte ouest de Tenerife, aller voir ces magnifiques falaises « Los Gigantes » ; elles sont impressionnantes, monstrueuses … on se sent si petit ! Je pense à Elora qui se dirige vers la géologie, elle en prendrait plein les yeux : ça fait des strates, des plis, des grottes, des trous, des dégoulinures de roches noires ou plutôt rouilles … Ces splendeurs n'attirent évidemment pas que les géologues, mais aussi les touristes … et là, quel gâchis, les promoteurs immobiliers et architectes ne pensent qu'au rendement quantitatif et cassent la montagne pour empiler les immeubles genre hlm les uns sur les autres. En plus, pour le folklore, il est de bon ton de se promener au pied de ces gigantesques murailles sur de faux bateaux genre « christophe colomb » avec bruyants haut-parleurs du guide (pour couvrir le bruit des puissants moteurs !)
1er indice : décor naturel un peu oppressant, genre Mordor
 
Toute la journée, on défile devant ces falaises, de près, de loin, avec les deux lignes de pêche à la traîne pour essayer le nouveau matériel acheté dans le but de conjurer notre sort de bredouilles …
2ème indice : nada, rien, nothing, pas une sardinette ni même un sac plastique : déception et énervement
En fin d'après midi, j'avais repéré sur MaxSea un ultime mouillage à la pointe nord-ouest, pour y passer la nuit avant de se lancer dans la traversée vers les îles de l'est …
3ème indice : toujours prévoir un mouillage de secours si jamais le premier ne convient pas …
Car voilà, on s'avance doucement au moteur dans la baie, il n'y a pas de vagues mais le fond remonte, remonte, je suis à la barre, jm regarde le fond depuis l'avant du bateau, mécontent car il n'y a que des rochers qui risquent de coincer l'ancre, mais qui continue tranquillement (trop nonchalamment pour moi) à rembobiner sa ligne sans se préoccuper des rochers du bord qui se rapprochent beaucoup trop vite à mon goût ; j'imagine déjà Thorsson écrabouillé, émietté sur les rocs, si bien que je panique et prend la décision de faire demi-tour … et là, la voilà : la crise !
4ème indice : je devais avoir mes règles ou être en manque de chocolat pour prendre tout ça si tragiquement
N'empêche que je l'ai interprétée comme un bilan de nos deux mois et demi passés ensemble : il ne supporte plus mes peurs idiotes, il n'en peut plus d'être attentionné et prévenant avec moi si je ne progresses pas, ça ne le fera pas ... alors je me suis effondrée au fond du bateau, n'en ayant plus rien à foutre de ce qui pouvait nous arriver …
Ben finalement, l'a bien fallu se laisser dériver toute la nuit dans cette putain de baie, chacun boudant de son côté !
Jusqu'au petit matin, où le rapala (toujours à la traîne !) s'est coincé dans un rocher au fond, impossible à défaire... Ainsi, nos colères se sont dirigées conjointement sur notre mauvais sort, nous raccommodant pour une bonne discussion et préparatifs pour un nouveau départ !
Avec le recul, ce qui me fait sourire, c'est que je m'étais imaginé ce genre d'engueulade « rupture de couple » dans des conditions terribles, de tempête, de nuit, d'épuisement ; non, non, ça vient aussi comme ça, normal presque, sauf que les mots portent plus à conséquence, car on en vient vite à « dépose moi au bord ! » et les efforts de rabibochage sont urgents et nécessaires si on ne veut pas faire des ronds ridicules dans l'eau pendant plusieurs jours !
Première (et surement pas dernière) expérience qu'on nous avait tant prédit, passée avec succès !
PS : jm rappelle que c'est moi, mama, qui écris le blog …!!

vendredi 4 juin 2010

Sabado 29 de mayo

 Sabado 29 de mayo, départ de San Sebastian de la Gomera pour la grande île en face : Tenerife.
Départ à 13h avec en sortie du port, la gv à peine montée que les « accélérations inter-île » nous envoient du 30 nd de vent arrière : jm prend la barre et l'écoute de gv en mains et fait surfer le bateau : « à ce train là, on y est dans 4 heures ! »... c'était sans compter sur la pétole qui survient quelques miles plus tard ...pétole avec une méchante houle qui fait flapper violemment le génois, claquer la gv et bringuebaler  la bôme, et s'arracher les derniers cheveux à jm « putain, ça abime tout, je ne vais quand même pas tout descendre et mettre le moteur !!! »... et bien si, et en plus, nous décidons de changer de plan, nous irons moins loin que prévu, au mouillage de San Juan sur la côte ouest, plutôt que celui de Las Tejitas au Sud-est …heureusement, une bande de dauphins tachetés de blanc viennent nous voir ; c'est quand même rigolo comme ils sautent et pirouettent quand ils sont tout proche du bateau, alors que quand ils repartent, ils nagent en restant sous l'eau … c'est donc bien des signes de Coucou ! Salut ! non ?
Vue de loin, toutes les petites villes portuaires de la côte ouest de Tenerife me font un effet bof : des grandes tours, des immeubles … J'ai choisi San Juan parce que c'est tout petit, le port n'abrite que des corps morts pour les pêcheurs, mais ce n'est pas très beau non plus … en plus, ils ont inventé une digue de rochers en forme de cubes ! (pierre reconstituée ou rocs taillés ? je ne comprend pas l'intérêt ni de l'un ni de l'autre vu tous les rochers qui traînent partout ici …). 



Mais le mouillage s'avère tranquille ; jm profite de la journée du dimanche pour démonter et graisser quelques winches, pendant que j'écris !







Demain, lunes, suivant le vent, nous irons voir au nord le port de los Gigantes (au pied d'énormes falaises), ou nous redescendrons passer la pointe sud de l'île ...
à bientôt !

23 et 24 mai


23 et 24 mai
Arrivée aux îles Canaries sur la Cala de la Negra de l'île Gomera !(ph 0,1,2,3)
Une journée comme Adam et Eve dans une crique paradisiaque !
Sauf que ouch ! L'eau est froide ici ! Et ce vent de nord-est aussi ! Ha, on n'est plus en Afrique !
A cause du sable noir, l'eau est d'un bleu ! Le ressac sur la plage fait un bruit de grelots avec les galets ; des galets noirs et gris comme dans le Clévieux à Samoëns ; certains aussi sont de couleur rouille, avec des petits trous comme une éponge ; de chaque côté de la plage, la mer a creusé des grottes et des baignoires naturelles dans les falaises ; elles se remplissent à marée haute, l'eau chauffe au soleil et je partage ces endroits magiques avec pleins de crabes rouges et violets pour quelques ablutions ! Dans le bateau, j'apprécie le calme retrouvé, et je mets la radio locale pour me remémorer les bribes de mon espagnol scolaire ...

Une journée pêche en remontant vers le nord le long de la côte, jusqu'à un tout petit port de pêcheurs situé au bout de la célèbre Valle Gran Rey ; faire un demi tour dans le port, apercevoir un pépé qui nettoient sa multitude de poissons dans sa barque, alors que nous, on ne prend toujours rien !... 



On redescend tout au sud de l'île au Port de Santiago, où l'on mouille juste sous un hôtel 4*, pour y passer la nuit, et pour vous envoyer juste un petit message « bien arrivés aux Canaries ! » avec une connexion trop faible pour en dire plus.




Tôt le matin de ce 25 mai, une bonne coupe de cheveux pour jm qui commence à se dire que si on ne lui répond que bien peu quand il dit bonjour, ça doit être parce qu'il fait peur : ses longues mèches jaunes lui font ressembler à bozo le clown sur le devant, mais s'enroulent en dread derrière et font des chignons et des catons bizarres ! Je tranche dans le lard en pensant à Nanou !

Bref, on repart en longeant côte ouest jusqu'au port de San Sebastian …
Pour ma première fois, on entre vraiment dans une marina ! Bon déjà, on se rend compte qu'on a loupé le chenal une fois accosté au ponton des visiteurs … mais, nada grave, le monsieur du port me prend par les épaules, me parle et me parle, trop vite, heureusement avec des gestes, pour me montrer la place qui nous est attribuée tout au fond à droite. Et là encore, deux personnes sympa nous attendent pour nous aider à amarrer le bateau ; l'un d'eux est un pépé qui vit ici sur son bateau, et qui prend le temps de nous expliquer les risques de thermiques, leurs effets et leur sens etc...
Poser le pied sur le ponton me fait encore plus d'effet que sur les plages précédemment ! Ça y est, j'y suis ! Je l'ai fait ! J'en suis toute ébobée, à tel point que je me fais rappeler à l'ordre « t'as trouvé le dernier parebattage ?! ».
 Une fois le bateau bien accroché, on laisse tout en plan, et on se rue presque dans la ville : j'ai envie de marcher, de voir des gens, des maisons, des boutiques, des arbres, de sentir l'odeur de la terre ferme ! Et là, surprise ! On titube presque comme deux alcooliques (c'est l'effet mal de mer inversé !), on a l'impression que les gens sont étranges, on découvre tout comme si c'était une première fois … on est comme des extra-terrestres débarquant sur un lieu inconnu ! J'avais envie de leur dire : « je suis là, et si vous saviez comme j'en ai chié pour y arriver, c'est super d'être là, vous en rendez vous compte ? savez vous que vous avez des voisins africains pas loin qui ont une vie vraiment moins cool pendant qu'on est là ? »
 On est là, et comme des gamins, on en profite : on rentre dans la première épicerie et on s'achète tout ce qui nous fait plaisir, sans réfléchir : du chocolat, des bières, du chorizo et de la confiture de dattes locaux !
Miercoles, Jueves y Viernes ... on restera presque 4 jours dans cette petite ville que je trouve super jolie : ils ont réussi à garder une architecture locale et colorée, non dépareillée par des tours d'appartements touristiques, rien n'est trop clinquant, il y a plein d'arbres et de palmiers, des enfants à la sortie des écoles, et des papis mamies aux terrasses des cafés ... c'est une ville qui vit même sans les touristes ; on dirait qu'ils ont plutôt l'habitude de recevoir des allemands, tout est traduit en anglais et allemand, jamais en français ; mais ce n'est pas encore la saison, c'est très tranquille.
 La première nuit dans le bateau, je mettrais longtemps à m'endormir : pas de roulis bien sûr, mais surtout aucun bruit ! ni flic floc sur la coque, ni ding ding des drisses contre les mats, ni grincement des amarres, ni musique ou animation de la ville, incroyable !
On est resté 4 jours parce qu'on n'a pas chômé sur le bateau : on a profité de l'eau pour tout rincer, les boutes, les cirés, les housses, pour faire des grosses lessives, pour nettoyer l'intérieur et pour remplir les réserves ; on a profité de l'électricité du ponton pour tondre la barbe de jm, pour utiliser des outils (réparations électriques encore) ; on a profité de ne pas avoir à ramer en annexe pour aller se ravitailler en bouffe, et on a profité d'internet pour vous entendre sur skype !
S'il n'y avait pas eu tout ce boulot de fait, je ne sais pas si j'aurai eu droit à mes petites ballades quotidiennes en ville ! Jm m'accompagne mais grommèle quand même « c'est cher, c'est comme chez nous, c'est pour les touristes, et gnagnagna », donc pas question pour l'instant de louer une voiture pour aller plus loin à l'intérieur de l'île … pourtant, j'ai l'impression que le parc national, ça doit être pas mal (on ira avec les FlOl !). Bon, j'ai réussi à le coincer de temps en temps devant une Dorada, la bière locale super bonne, et à l'emmener dans un petit resto le dernier soir pour goûter les fameuses sauces canariennes : les mojos, la rouge au piment et la verte à la coriandre fraîche, sur du poisson frit et des papas vapeur, préparés devant nous par la femme de Victor à la « pension Victor ».
 Mon espagnol revient finalement assez bien quand il s'agit de demander des renseignements, de lire sur les étiquettes des emballages, de dire hola, gracias y hasta luego, mais on n'a pas eu l'occasion d'avoir une vraie discussion avec quelqu'un, alors …? jm dit que ça lui manque vraiment, mais comment faire ? Ici ce n'est pas l'Afrique, les gens ne viennent pas à toi, alors comment aller vers eux ? Et au fait, en avait-on vraiment envie ? Parfois, je me dis que tous les deux, on est encore un peu dans une bulle, dans la joie de se retrouver, de faire les choses même quotidiennes ensemble, et ça ne nous aide pas pour l'instant à être très ouvert aux autres ... c'est si bien qu'on verra plus tard, non ?