Praia, c'est la capitale du Cap Vert, 85000 habitants, c'est le premier port quand on arrive du sud, la seule baie abritée, et sur les photos qu'on avait en main (c'est vrai qu'elles ont 10 ans), ça paraissait joli … on est un peu déçu : la vieille ville est toujours sur son plateau, mais elle s'est étendue sur tout le côté ouest, il y a des constructions, du béton, des grues, des routes, des véhicules … et de l'autre côté, c'est le port de commerce …
Évidemment, on est les seuls plaisanciers. On décide d'y passer quand même la journée, pour se reposer, faire sécher draps et matelas et cuisiner (fries beak aux anchois, pain de maïs, et papaye verte aux pts oignons, miam !).
Dans l'après midi, arrivent Fabrice, sa femme et leur fille sur un gros voilier de 14 mètres : ils nous proposent de nous emmener faire les formalités policières et douanières (ils ont une grosse annexe suspendue à l'arrière du bateau, alors que nous, on ne l'avait pas encore ni sortie ni gonflée …). C'est ainsi que va naître une rencontre trop rapide (ils repartent dès le lendemain), mais super intéressante : Fabrice navigue depuis 25 ans, 13 ans sur un voilier comme Thorsson, et depuis 12 ans sur leur gros bateau plus confort. Ils sont de la Trinité, mais se disent « nomades » : en effet, ils ne vivent que de ses revenus de « guérisseur » ; il pratique aisément partout où ils s'arrêtent, par exemple, ils viennent de passer 4 mois sur le fleuve Casamance du Sénégal. Leur fille étudie avec le CNED. Ils sont plutôt adeptes des pays froids (Norvège, Islande), leur bateau est équipé d'un poêle à bois, mais là, ils s'apprêtent à traverser pour les Antilles, car ça fait 20 ans qu'il n'y est pas retourné.
Le pauvre, on l'a un peu croulé sous nos questions, mais il était super cool, rassurant, « faites vos expériences, prenez le temps, ne cherchez pas à être trop indépendants, les rencontres sont les plus importantes... »
Là où il nous a un peu déstabilisés, c'est quand il nous a démontré l'idiotie de remonter en France pour bricoler le bateau, alors que ça serait plus simple de le faire aux Antilles : on y est en 15 jours au portant, alors qu'on va mettre plus d'un mois pour remonter, puis redescendre …
oui, mais nous, on a des copains ... à voir, à faire avec, à emmerder, à balader …
c'est vrai que les leurs sont comme eux des nomades qu'ils croisent au hasard, ils ne voient leurs familles qu'en période d'hivernage, à quai, et surtout, ils ne veulent plus jamais se donner des rdv impossibles à tenir...
samedi 1er mai
je ne sais comment c'est arrivé, mais les muscles de mon dos ont décidé de faire grève en cette journée de fête du travail, et je me retrouve coincée avec ma ceinture dès le matin …
petit coup de blues : on n'avait pas prévu de rester ici, mais plutôt de rejoindre Fabrice and co à Tarafal, au nord de l'île …
je me fous sous la couette, mais jm fait tourner Graeme Alwrigh en boucle, et, tout en chantonnant, m'apporte une petite eau de vie de poire à faire sécher les larmes d'un croco !
à 15 heures, il se fait embarquer (c'est le cas de le dire) par une bande de jeunes déjà bien éméchés pour un punch-pic-nique sur l'île à la ruine (ph 61) ; il revient un peu titubant, aspergé de tâches de vin et des épines plein les pieds ! un peu dépité aussi : c'est trop dur de se comprendre (ni français, ni anglais !), et le punch, c'est un rhum pas bon avec du sucre !
dimanche 2 : je me traîne, jm n'arrête pas de dire que ça n'est pas grave, il en profite pour faire plein de réparations et d'entretien (graissage des fermetures des hublots, répar du winch de l'ancre, installation d'un régulateur de vent, approfondissement des modes d'emploi de tous les instruments nautiques …)
lundi 3 : idem ; j'arrive quand même à faire une confiture avec les 10 gros citrons/oranges de l'arbre à ludo ; jm a qq signes bizarres genre frissons, mal au ventre, fourmis dans les jambes … à suivre, le feuilleton des éclopés !
Mardi 4 mai : expédition au centre de la vieille ville ; c'est rigolo, j'ai l'impression d'être à Cuba (comme je me l'imagine !!). y'a de la musique sympa, des gens noirs, marrons ou blancs, un marché couvert comme à Mada avec plein de fruits et légumes, et un cybercafé avec bière fraiche et connexion internet !! (et j'ai ma clef usb, et j'ai les codes du blog !)
On prévoit de s'approvisionner encore en eau, gaz et nescafé demain, et on repart pour les Canaries dès que Météo ok
c'est dommage, je crois que prendre les îles du Cap Vert comme étape de réapprovisionnement, repos et fichiers grib, c'est vraiment du gachis ! Il faudra qu'on revienne !!
@+
mercredi 5 mai 2010
21 avril
On est donc parti de Burey town le mercredi 21 avril à 10 heures le matin.
Les premiers jours furent tranquilles au niveau météo avec peu de vent mais pas de vagues, donc de gentils bords de près ; ce fut pourtant tendu car on a perdu un masque de plongée, un chapeau, un rapala et 300 mètres de fil de pêche dans la foulée … pour une fois, j'étais d'accord avec lui : « il n'avait pas de chance ! »
Le vendredi 23 aurait pu auguré un renversement de cette situation : il pêcha un thon !
Mais pas pour moi …
Nuit d'épouvante : mon premier orage !
« calme plat avant l'orage » : ce même jour à 22 heures devant l'entrée d'un port guinéen, jm se décide à mettre le moteur (et moi les boules quiès) pour recharger les batteries et surtout pour être manœuvrant avec tous ces petits chalutiers autour de nous (j'en ai compté 15 à un moment !)
à minuit, je prends mon quart, un vent arrière s'établit à 5nds, on arrête le moteur, jm descend se coucher...
tiens, la lune me fait des clins d'oeil ? ou ce sont mes yeux qui clignent ? Ha, non, ce sont de tout petits éclairs, dont on ne voit pas les zébrures, mais qui font des flashs réguliers dans la nuit …
une demi heure plus tard :
jm, réveille toi, le vent forçit !
Super !
oui, mais il est passé de 5 à 15 nds en quelques minutes !
Jm remonte et observe l'espèce de nuage filandreux, horizontal et noir derrière nous : rien à voir avec le genre d'enclume qui peut éjecter les deltistes dans le cosmos, mais par précaution, on échange génois contre trinquette.
En plus, le vent s'établit entre 15 et 18 nds et nous pousse au 320, exactement notre direction, il n'y a pas de houle et la lune nous éclaire.
Jm reste avec moi pour suivre l'évolution car ça monte, ça monte tout doucement … il aimerait bien que ça redescende un coup pour prendre des ris, mais en même temps, le ciel ne lui apparaît pas si orageux que ça …
Pour moi, tout me semble menaçant, le noir, le bruit, la vitesse … bien que petit à petit, je sophrologise et je m'habitue... Il en profite pour m'expliquer les risques :
de partir au lof : le bateau en a marre et malgré le pilote, se couche et se met face au vent ; j'ai déjà vu maude et élo se faire éjecter de leur 420 dans ce cas, mais il m'assure que ça ne peut pas nous arriver (j'agrippe un bout qui traîne par là quand même)
ou un empannage non contrôlé : « si la trinquette passe, tu baisses la tête »
3 minutes plus tard, ça y est, on y est, c'est le coup du lof ! Je n'ai rien eu le temps de voir, sauf que maintenant, il y a encore plus de bruits : des claquements, des hurlements, des sifflements, des bip bip du pilote désorienté … et dans cet enfer, jm qui veut en profiter pour prendre les ris !! Il me crie de m'assoir en haut des marches, et de ne plus bouger … Vu comme tout mon corps tremble de froid et de peur, je crois que je n'aurais pas pu faire grand chose … J'avoue que son sang froid me stupéfie !
La grand voile ainsi diminuée, on repart vent arrière « c'est plus cool, non ? » hum, hum...
20 nds avec des claques à 24, et ça va durer jusqu'à 6 heures du mat' !!
Répit de quelques heures, jm s'effondre, puis on aura entre 13 et 17 nds, au près, sans interruption pour tout le restant du voyage...
J'ai un peu l'impression qu'on fait des quarts de jour comme de nuit : quand l'un dort, l'autre est sur le pont … on se croise le temps d'un petit manger/toilette pendant lequel on met le bateau plat.
Les anecdotes de ces 5 journées :
par deux fois j'ai été réveillée par la douche froide d'une vague passant à travers mon hublot (ça n'aide pas à être de bonne humeur ...),
on a vu des globicéphales, espèce de gros dauphins mous à qui l'on aurait coupé le nez , on a eu la visite d'un petit oiseau, pas peureux du tout, qui a passé la journée à essayer de rentrer à l'intérieur du bateau, un moment sur mon épaule, puis sur le pouce de jm, et qui s'est finalement enfoui sous un sweat-shirt à la nuit ...au petit matin, il était mort … ?? on en était tout décontenancé ...c'est donc vrai que les oiseaux se cachent pour mourir ?
Au final, on passe la dernière nuit à faire exprès de ne pas avancer pour arriver vers 7 heures du mat' le vendredi 30 avril au port de Praia, sur l'île de Sao Tiago : on a encore les lumières des phares pour se repérer, et plus on s'approche, plus on a la lumière du jour pour éviter les paquebots et les pêcheurs qui traînent par là, et choisir tranquillement notre mouillage.
Les premiers jours furent tranquilles au niveau météo avec peu de vent mais pas de vagues, donc de gentils bords de près ; ce fut pourtant tendu car on a perdu un masque de plongée, un chapeau, un rapala et 300 mètres de fil de pêche dans la foulée … pour une fois, j'étais d'accord avec lui : « il n'avait pas de chance ! »
Le vendredi 23 aurait pu auguré un renversement de cette situation : il pêcha un thon !
Mais pas pour moi …
Nuit d'épouvante : mon premier orage !
« calme plat avant l'orage » : ce même jour à 22 heures devant l'entrée d'un port guinéen, jm se décide à mettre le moteur (et moi les boules quiès) pour recharger les batteries et surtout pour être manœuvrant avec tous ces petits chalutiers autour de nous (j'en ai compté 15 à un moment !)
à minuit, je prends mon quart, un vent arrière s'établit à 5nds, on arrête le moteur, jm descend se coucher...
tiens, la lune me fait des clins d'oeil ? ou ce sont mes yeux qui clignent ? Ha, non, ce sont de tout petits éclairs, dont on ne voit pas les zébrures, mais qui font des flashs réguliers dans la nuit …
une demi heure plus tard :
jm, réveille toi, le vent forçit !
Super !
oui, mais il est passé de 5 à 15 nds en quelques minutes !
Jm remonte et observe l'espèce de nuage filandreux, horizontal et noir derrière nous : rien à voir avec le genre d'enclume qui peut éjecter les deltistes dans le cosmos, mais par précaution, on échange génois contre trinquette.
En plus, le vent s'établit entre 15 et 18 nds et nous pousse au 320, exactement notre direction, il n'y a pas de houle et la lune nous éclaire.
Jm reste avec moi pour suivre l'évolution car ça monte, ça monte tout doucement … il aimerait bien que ça redescende un coup pour prendre des ris, mais en même temps, le ciel ne lui apparaît pas si orageux que ça …
Pour moi, tout me semble menaçant, le noir, le bruit, la vitesse … bien que petit à petit, je sophrologise et je m'habitue... Il en profite pour m'expliquer les risques :
de partir au lof : le bateau en a marre et malgré le pilote, se couche et se met face au vent ; j'ai déjà vu maude et élo se faire éjecter de leur 420 dans ce cas, mais il m'assure que ça ne peut pas nous arriver (j'agrippe un bout qui traîne par là quand même)
ou un empannage non contrôlé : « si la trinquette passe, tu baisses la tête »
3 minutes plus tard, ça y est, on y est, c'est le coup du lof ! Je n'ai rien eu le temps de voir, sauf que maintenant, il y a encore plus de bruits : des claquements, des hurlements, des sifflements, des bip bip du pilote désorienté … et dans cet enfer, jm qui veut en profiter pour prendre les ris !! Il me crie de m'assoir en haut des marches, et de ne plus bouger … Vu comme tout mon corps tremble de froid et de peur, je crois que je n'aurais pas pu faire grand chose … J'avoue que son sang froid me stupéfie !
La grand voile ainsi diminuée, on repart vent arrière « c'est plus cool, non ? » hum, hum...
20 nds avec des claques à 24, et ça va durer jusqu'à 6 heures du mat' !!
Répit de quelques heures, jm s'effondre, puis on aura entre 13 et 17 nds, au près, sans interruption pour tout le restant du voyage...
J'ai un peu l'impression qu'on fait des quarts de jour comme de nuit : quand l'un dort, l'autre est sur le pont … on se croise le temps d'un petit manger/toilette pendant lequel on met le bateau plat.
Les anecdotes de ces 5 journées :
par deux fois j'ai été réveillée par la douche froide d'une vague passant à travers mon hublot (ça n'aide pas à être de bonne humeur ...),
on a vu des globicéphales, espèce de gros dauphins mous à qui l'on aurait coupé le nez , on a eu la visite d'un petit oiseau, pas peureux du tout, qui a passé la journée à essayer de rentrer à l'intérieur du bateau, un moment sur mon épaule, puis sur le pouce de jm, et qui s'est finalement enfoui sous un sweat-shirt à la nuit ...au petit matin, il était mort … ?? on en était tout décontenancé ...c'est donc vrai que les oiseaux se cachent pour mourir ?
Au final, on passe la dernière nuit à faire exprès de ne pas avancer pour arriver vers 7 heures du mat' le vendredi 30 avril au port de Praia, sur l'île de Sao Tiago : on a encore les lumières des phares pour se repérer, et plus on s'approche, plus on a la lumière du jour pour éviter les paquebots et les pêcheurs qui traînent par là, et choisir tranquillement notre mouillage.
Réponse à la question du jour dernier
Réponse à la question de l'autre jour : du beurre ! Enfin, bon, pas celui que l'on trouve chez Pif&Tartine ...
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